Goblin Valley – South Utah

Après avoir posé nos affaires à l’hôtel à Green River, nous nous dépêchons de nous rendre à Goblin Valley dont nous ne savons rien, hormis que c’est beau.

La route est magnifique. Au loin, nous apercevons une sorte de cathédrale de pierre. Je pense aussitôt au conte Loulya, fille de Mourgan que je me mets à raconter à Linda. Il me faudra presque deux heures pour le lui raconter en entier tellement les interruptions dues à la beauté du lieu seront nombreuses.

Un prince est en quelque sorte puni pour sa maladresse; la vieille femme qui le maudit lui souhaite de rencontrer un jour Loulya, fille de Mourgan. Personne ne sait qui c’est mais maintenant que la vieille femme lui en a parlé, il n’a qu’une envie, rencontrer Loulya, la fille de Mourgan.

Il passera bien sûr moultes épreuves mais il finira par arriver au pied d’une sorte de cathédrale de pierre et c’est là qu’il rencontrera la fameuse Loulya. Inutile de dire que le jeu en valait la chandelle.

Pour nous aussi. Les rêves sont en route. Nous sommes en plein conte. Et nous finissons par arriver à Goblin Valley.

Comme pour le héros du conte, les gardiens sont là. On ne s’empare pas de cette Loulya comme ça.

D’ailleurs, tous les prédécesseurs du héros sont là sous nos yeux ébahis, changés en pierre.

On ne s’empare pas de cette Loulya comme ça.

Nous ne faisons pas de bruit. Les quelques visiteurs présents en cette fin de jour, sous cette magnifique lumière ne se doutent pas qu’ils risquent de finir eux aussi en statues de pierre.

Les concrétions qui nous surplombent semble nous parler et de fait, elles nous supplient de faire quelque chose pour elles. Cela fait tellement de temps que ces aventuriers ont été changés en pierre.

Je les rassure comme je peux. Je connais la fin de l’histoire. Je sais que le héros réussira à ravir la belle. Je sais que le terrible Mourgan, père de la belle, fera tout ce qu’il peut pour empêcher les fugitifs de s’échapper. Et surtout je sais que ce sera en vain et que lors du mariage des deux amoureux, toutes ces statues de pierre redeviendront humaines.

Dans le crépuscule qui s’installe, nous nous éclipsons. Derrière nous, alors que nous nous apprêtons à démarrer, nous entendons un discret mais général soupir de soulagement et il nous semble entendre merci.

Nous ne disons rien, mais secrètement, c’est nous qui remercions.